Un  »Middle school » au Québec?

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Le point de départ du Projet FLEX; la motivation scolaire.

Nous sommes parties de l’interrogation suivante: Comment se fait-il que les enfants débutent leur parcours scolaire avec une motivation sans égard et que ces mêmes enfants, quelques années plus tard, se retrouvent trop souvent démotivés, voir désabusés par le système scolaire. En effet, demandez à n’importe quel enfant d’âge préscolaire s’il a hâte d’aller à l’école. Vous remarquerez sans doute que la grande majorité des jeunes de quatre ou cinq ans ont une vision très positive de l’école. Alors, pourquoi cette même vision tend à s’inverser avec le temps? Est-ce la faute des profs qui manqueraient d’imagination et qui ne proposeraient pas assez d’activités signifiantes pour leurs élèves? Est-ce plutôt la faute des parents qui n’encourageraient pas suffisamment leurs enfants ou qui leur transmettraient un point de vue plutôt négatif de l’école? Ou est-ce la fréquence et le stress causée par les nombreuses évaluations? Tant de questions et beaucoup d’hypothèses nous ont amenées à nous remettre en question et à jeter un coup d’œil sur ce qui se faisait ailleurs en matière d’éducation et d’approches pédagogiques et didactiques. Puis, nous sommes penchées sur les principaux intéressés; les élèves.

Souvent, ces derniers nous mentionnaient être  »tannés » de devoir obéir aux mêmes règles que les élèves de première année. Ils éprouvaient, par conséquent, un manque de liberté flagrant. Pour eux, pré-adolescents (ou même adolescents pour certains), ils se sentaient excessivement encadrés par des règles strictes qui n’avaient point évoluées depuis le début de leur cheminement scolaire. De la manière de circuler dans l’école, en passant par l’habit de neige obligatoire l’hiver, du choix des collations se restreignant pour eux à des fruits frais ou du fromage, ou encore des jeux obligatoires lors des récréations ou du dîner, ces règles rigoureuses et inflexibles ne trouvaient plus écho dans leur esprit et elles étaient, selon eux, carrément une insulte à leur intelligence. Aussi, la redondance dans les projets et les façons de faire ainsi que la non-reconnaissance de leurs aptitudes et de leur développement actuel ne les aidaient pas à apprécier comme il se devait leur cheminement au primaire. Enfin, nous remarquions aisément un grand manque au niveau du sentiment d’appartenance. Effectivement, c’est comme si les élèves ne se reconnaissaient plus dans l’école primaire actuelle.

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La plupart des pays, le Canada inclut, offre un parcourt comprenant un Middle school ou un Junior High School, une transition donc entre la scolarité de l’enfance et celle de l’adolescence.

Au Québec nous n’offrons pas vraiment ce passage transitoire. Est-ce mieux ainsi? Le fait-on au détriment de la motivation des élèves?Est-ce qu’une telle transition aurait un impact influent  et positif chez l’enfant qui s’apprête à entrer dans l’adolescence?

Ce sont des questions qui méritent certes une réflexion.

Les élèves au troisième cycle nous montrent et nous affirment qu’ils  ont besoin de changement, qu’ils sont rendus  »ailleurs ».

Lorsque l’idée du ProjetFlex a germé dans notre esprit, nous pensions à un  »Middleschool » version troisième cycle. En plus de favoriser l’autonomie de l’élève, son sentiment d’efficacité personnelle (le sentiment qu’il a le potentiel de réussir et que ses réussites sont attribuables à ses efforts), il était primordial pour nous de faciliter le passage vers le secondaire.

Alors, à partir de cette année, plus de classes conventionnelles, mais plutôt des locaux spécialisés comme on peut rencontrer dans une polyvalente ou même un CÉGEP. On retrouve ainsi, une classe de français, une classe pour les sciences et les mathématiques et une autre pour les arts. De plus, il n’y a aucune place attitrée pour les élèves; ils ont la liberté de travailler où ils le désirent et aussi, dans la position qu’ils désirent. Par ailleurs, ils ont la chance de choisir des options comme on peut le faire au secondaire. Les jeunes travailleront ainsi avec leurs forces et leurs intérêts et vivront d’autres expériences enrichissantes et d’autres réussites grâce à des options telles que la robotique, la musique, le théâtre ou même l’éducation physique. Vous comprendrez que ce n’est évidemment pas seulement l’équipe d’enseignantes du troisième cycle qui a dû mettre la main à la pâte et changer ses habitudes, mais aussi l’équipe de spécialistes de l’école. Enfin, nos jeunes n’ont plus qu’une seule enseignante au régulier, mais trois enseignantes qui travaillent en co-enseignement et qui peuvent ainsi offrir une variété de projets, de façons de faire, d’approches et ainsi offrir une vraie différenciation dans les apprentissages afin que chacun puisse cheminer à son rythme et vivre un enseignement qui lui ressemble.

Dans ce blogue, vous verrez plus précisément au fil des semaines de quelles manières nous nous y sommes prises pour réaliser ce projet d’envergure. Vous pourrez constater nos bons coups, mais aussi nos moins bons…

En espérant que cela puisse inspirer d’autres professionnels de l’éducation et en souhaitant surtout offrir un parcours plus proche de la réalité de l’élève et par conséquent, plus motivant et signifiant!

 

Isabelle

Le Projet FLEX; c’est quoi?

Voici une brève explication des grandes lignes de ce projet colossal. Il est à noter que chacun des éléments ci-dessous fera office d’un article plus détaillé et approfondi ultérieurement. 

Flexibilité: Cela comprend évidemment le flexible seating avec la variété et l’offre des places assises, mais nous parlons aussi de flexibilité au niveau de nos façons de faire telles que nos approches pédagogiques et nos modes de groupement.

Laboratoire. Un laboratoire est un lieu où se rassemble des chercheurs. C’est également un lieu d’échanges, d’entraide et de collaboration. C’est un endroit où il est permis, voir bénéfique de faire des erreurs. En effet, c’est par nos essaies-erreurs, nos analyses et nos découvertes que des apprentissages seront réalisés. On espère ainsi créer une réelle communauté d’apprenants où l’enseignant n’est plus l’unique dispenseur des savoirs, mais où tous et chacun revêt ce rôle. En effet, les forces de chaque individu sont mis à profits afin d’en faire bénéficier l’ensemble du groupe. Aussi, dans une communauté d’apprentissage, la démocratie prend tout son sens, car tous les membres participent, à leur manière, au mieux-vivre et au mieux-être du groupe. L’enseignant agit en tant que guide et met à la disposition des élèves des outils, des situations-problèmes, des questionnements afin que l’élève soit au cœur de ses apprentissages. Le travail d’équipe est bien entendu mis de l’avant, que ce soit avec un pair aidant ou un camarade de niveau semblable.

Engagement: Il est évident que l’engagement est un aspect absolument fondamental de la réussite d’un élève. Notre projet vise à augmenter l’engagement cognitif, mais également l’engagement social, communautaire et personnel de l’enfant. C’est donc avec une réelle motivation que l’on souhaite que nos jeunes prennent en main leur réussite scolaire et personnelle. Nous espérons qu’ils s’attribuent le mérite de leurs succès et qu’ils croient en leur potentiel. Enfin, le Projet FLEX valorise et met en lumière l’importance de l’effort. 

eXception : Nous souhaitons offrir un parcours scolaire différent, voir hors-norme. Nous cherchons à nous démarquer de l’école conventionnelle et  ainsi mettre en place une solution innovante, pensée et conçue pour l’élève au troisième cycle.

Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin!

Isabelle

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Lors de la première journée de classe. Les élèves ont rédigé un court texte sur leurs premières impressions. En voici quelques extraits:

Le fait que le matériel soit classé, m’aidera à ne plus l’égarer et cela rendra service aux autres (croyez-moi!). Mathias Morin

J’adore cette formule de classes parce que ça nous prépare au secondaire. William Garneau-Fréchette

Je vais à l’école pour m’amuser et non pour travailler. Nous avons plusieurs styles d’enseignement pour nous divertir chaque jour, comme nos trois grandes  «Classes-Flexibles » que nos trois merveilleuses profs ont conçues pour nous. Honorine

Avant, on devait toujours rester assis à notre place assignée. Maintenant, on peut très bien changer quand on en a besoin. On peut même se déplacer entre les trois classes. Erika-Juliana Ortiz

À Marguerite-Bourgeoys, au 3e cycle, nous avons les meilleures places adaptées à nos besoins. Elles sont appropriées pour tous! Floryanne

J’aime le projet 3e cycle de mon école, car il est très différent de ma scolarité en France. Je peux exprimer mon point de vue dans différents contextes. Par exemple, durant le conseil de coopération. Jules Hermel

C’est un départ!

school-1223878_1920Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu la profonde conviction que j’exercerais le métier d’enseignante. À cinq ans, les Barbies et les poupées ne m’intéressaient guère. J’alignais mes nombreux toutous sur mon lit, j’installais mon tableau noir et je leur transmettais candidement le savoir qu’une fillette de cet âge puisse posséder.

Seize années plus tard, je débutais un baccalauréat en enseignement primaire et préscolaire à l’Université Laval. J’avais la tête remplie de projets et d’aspirations et j’espérais rien de moins que de pouvoir changer le monde, donner les outils nécessaires à des jeunes afin qu’ils puissent trouver leur place dans notre société, qu’ils croient en leur potentiel et qu’ils s’engagent dans leur réussite scolaire et personnelle. Mes stages en milieux défavorisés m’ont fait vivre toute une gamme d’émotions et de questionnements. J’ai certainement vécu des moments magiques, mais aussi des moments de profonds découragements et d’appréhensions. Pourrais-je accomplir la lourde tâche qu’on me demande? Vais-je être à la hauteur? Est-ce que j’arriverai à faire cheminer chaque être unique qui se trouve dans ma classe? Vais-je m’en sortir vivante!?!

C’est durant l’année scolaire 2010-2011 que j’ai obtenu un contrat en cinquième année à l’école Marguerite-Bourgeoys située dans le quartier St-Sauveur de Québec. Ce fut littéralement le coup de foudre! Des élèves provenant de diverses réalités culturelles et socio-économiques qui s’unissent pour former une communauté d’apprenants riche et variée.  Les défis y ont été nombreux et je mentirais si j’admettais n’avoir jamais pensé quitter définitivement le métier. Cependant, les réussites quotidiennes et les sourires de mes élèves ont su me faire tenir le coup…

J’ai par la suite travailler dans des écoles du quartier St-Rock et du quartier Limoilou. Ces derniers contrats ont conforté mon désir de travailler en milieu défavorisé, de poursuivre ma carrière en enseignement et de continuer de croire en mes aspirations, mais surtout, de croire en mes élèves.

C’est en août 2016 que j’ai [enfin] obtenu mon poste au troisième cycle en classe multiâge à Marguerite-Bourgeoys. J’ai eu la chance de connaître  deux collègues extraordinaires, mues par la même motivation de faire de l’école, un lieu où il fait bon vivre et où on apprend à se dépasser.

Tout au long de l’année scolaire, notre collaboration nous a permis  d’explorer différentes approches pédagogiques, différents modes de groupement et de vivre des projets enrichissants et motivants.

C’est en souhaitant pousser encore plus loin ce que nous avions déjà mis en place que le Projet FLEX est né. Nous avons ainsi fait le choix [conscient] de former trois classes multiâges, de réaménager complètement nos locaux pour intégrer le flexible seating et de passer au co-enseignement à trois.

Nous avons réalisé une rencontre informelle auprès du Conseil d’Établissement de notre école afin que notre projet soit accepté et nous avons tenu une deuxième rencontre auprès des parents de nos futurs élèves. La réponse fut plus que positive. Il faut croire que nous avons réussi à bien transmettre nos motivations, nos objectifs et notre énergie positive, car même les parents les plus récalcitrants au départ nous ont donné leur feu vert.

Le Projet FLEX débute donc officiellement en cette année scolaire 2017-2018!

Ce blogue se veut une plateforme d’échanges et d’informations sur ce magnifique projet, sur nos réussites, mais aussi nos difficultés. Vous y retrouvez des articles de notre cru et de celui des élèves, car nous croyons importants d’intégrer également leur vision du projet.

N’hésitez pas à nous contacter pour toutes questions ou commentaires.

C’est parti!:)

Isabelle